23 october 1998

« Cette guerre est un péché »

La société commence « la désobéissance civile »

(déclaration de Evêques du Kivu)

Kinshasa (Fides) - Le pays risque de devenir « le champ de bataille de nombreuses nations et puissances » : telle est la déclaration des Evêques des six Diocèses du Kivu (Goma, Bukavu, Uvira, Kindu, Kasongo, et Butembo-Beni) dans un message publié le 1° octobre. La dénonciation s'accompagne de celle des secteurs de la société civile qui s'adressent aux troupes rebelles au gouvernement de Kinshasa - appuyées par l'Ouganda, le Rwanda, et le Burundi - pour dire : « Arrêtez cette guerre insensée ! Ce n'est pas avec la guerre que pourrez nous apporter la démocratie et le bien-être ».

Les Evêques dénoncent le fait que la population de la région, à cause des combats entre rebelles contre le Président Kabila et les forces armées, est soumise à « des massacres, des tueries, des destructions et le recrutement forcé de garçons mineurs… Les enfants d'une même famille sont envoyés dans des camps adverses et combattent entre eux . Les jeunes portent des armes et les utilisent pour tuer sans discernement. Le sang innocent est versé» .

Pour les Evêques « les acteurs potentiels de cette guerre sont nombreux ». Mais, pour eux, « la pauvreté et la misère ne permettent plus au peuple d'écouter les discussion entre les parties en conflit… Nous dénonçons cette guerre, et nous n'hésitons pas à la qualifier de péché… Elle entraîne la mort de milliers d'innocents ; elle divise la communauté humaine et chrétienne ; elle sème la haine, le racisme et l'exclusion ; elle détruit les infrastructures utiles pour la reconstruction de la nation ». Dans leur message, les Evêques invitent les « forces étrangères engagées dans les combats à travailler plutôt pour le développement, la paix et l'entente entre les peuples ». A tous ceux qui « financent de loin la guerre », les Evêques demandent d'aider à « la reconstruction du Congo et des Pays des Grands Lacs ». Aux militaires, ils demandent de ne pas faire usage de la force pour piller, détruire, voler et violer, mais plutôt pour garantir la sécurité des personnes et leurs biens.

On commence toutefois à enregistrer des signes de résistance civile contre les rebelles. Les autorités « rebelles » ont décrété à deux reprises, le 21 septembre et le 5 octobre, l'ouverture de l'année scolaire. Mais les parents n'ont pas envoyé leurs enfants à l'école, en déclarant : « Votre guerre nous a réduits à la misère. Nous ne sommes plus en mesure de supporter le poids de la scolarisation de nos enfants, des taxes scolaires, de l'achat de matériel scolaire ». Les parents accusent les autorités rebelles de ne pas garantir la sécurité. Les commerçants du Kivu sous contrôle rebelle ont commencé à refuser les billet de 10, 20 et 50 francs congolais émis par les Banques du Kivu sous la pression des autorités rebelles, et mis illégalement sur le marché. L'arrivée d'une nouvelle monnaie a provoqué une dévaluation de 100% du franc congolais. Les commerçants préfèrent ne pas apporter leurs marchandises au marché, plutôt que d'accepter cette monnaie, et ne pas payer ainsi les impôts que les rebelles utiliseraient ensuite pour financer la guerre. Le nombre de refus de contacts avec les forces « rebelles » s'accentue : dès leur arrivée, les gens quittent les villes et les villages et se réfugient dans les forêts. C'est ce qui s'est passé dans la région de l'Urega, de Kasika, et de Kalima, et a entraîné l'augmentation du nombre des réfugiés qui sont sans aide humanitaire.

L'offensive « rebelle » de ces derniers jours, a conquis la ville stratégique de Kindu. La situation sanitaire se dégrade dans la région méridionale du Kivu, où manquent les médicaments et où ne fonctionnent que peu de dispensaires. Ces jours derniers, une série d'épidémies de choléra s'est déclarée. La région la plus touchée est celle de Shabunda : des sources humanitaires déclarent que, dans 6 des 26 sous-districts de Shabunda, on enregistre chaque jour 80 nouveaux cas, et 30 décès. La situation est aggravée par le conflit : la population fuit dans les forêts où l'hygiène ne peut être assurée. Le choléra fait aussi de nombreuses victimes à Mwenga et à Walungu.

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