REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

DIRECTION DE LA COMMUNICATION

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA RDC, MZEE LAURENT DESIRE KABILA AU CINQUIEME SOMMET ECONOMIQUE DE L'AFRIQUE AUSTRALE A WINDHOEK, EN NAMIBIE, LE 19 MAI 1998

Distingués Invités,
Mes dames et Messieurs,

C'est un honneur et un réel plaisir pour moi de prendre la parole ce jour à l'occasion du Forum Economique Mondial. Permettez-moi avant toute chose de remercier très sincèrement mon frère, Son Excellence Monsieur Sam Nujoma, Président de la République de Namibie, pour l'hospitalité combien chaleureuse que Son Excellence et le peuple de Namibie ont réservé à ma personne, ainsi qu'à toute la délégation qui m'a accompagnée.

Le changement politique survenu en République Démocratique du Congo en 1997 a suscité de profondes attentes, de changements sociaux et économiques, non seulement dans notre pays , mais également à l'étranger. Une année après la Libération , ceux qui avaient célébré la fin de l'ancien régime expriment aujourd'hui quelques doutes quant à notre engagement à créer un Etat démocratique et une économie florissante à partir de la situation de désolation profonde que nous avons héritée.

Il est regrettable, quoique réellement vrai, que les personnes ne connaissent pas les réalités des pays qui leur sont étrangers, ne soient pas souvent en mesure de rendre compte avec précision de ce qui peut être réalisé de façon réaliste des conditions politico-sociales héritées par les réformateurs. Tant nos réalisations, au cours de cette année , que nos intentions pour le futur ont été pauvrement rapportées.

La République Démocratique du Congo fait face à d'énormes défis du fait de son histoire récente empreinte de dictature. Cela inclus notamment :
. un taux très bas de l'épargne nationale et de la formation du capital;
. des infrastructures sociales et physiques dégradées;
. une capacité productive appauvrie dans les secteurs minier et industriel;
. le poids d'une dette de plus de 14 milliards de dollars et un service de la dette insoutenable.
Comme conséquence des problèmes susmentionnés , notre peuple a manqué ses droits de l'homme fondamentaux et en a été privé, à savoir principalement le manque :
. de nourriture et d'eau courante;
. d'un système de soins de santé adéquat;
. de la sécurité des bines et des personnes;
. d'un système éducatif fiable.

Ces problèmes ont aggravé le taux de mortalité de mon pays. Mon Gouvernement a son propre programme en ce qui concerne ces différents problèmes sociaux. C'est la raison pour laquelle il a mis en ?uvre des politiques qui lui ont permis de réaliser entre autres:
. la stabilisation du taux du change qui fluctuait aux alentours de 100 %;
. la réduction drastique de l'inflation, de 4 chiffres à 2 chiffres en 1997,et actuellement d'un chiffre , ou 5% l'an
. une réduction importante de la taxation sur les produits pétroliers, ayant entraîné la réduction de 50% des prix pétroliers. Cela a eu un impact sur la baisse des prix du transport et des denrées de base de 30% à 40% en moyenne;
. une amélioration de la sécurité des biens et des personnes comme l'ont pu constater 66% des personnes interrogées récemment à Kinshasa par un institut de sondage indépendant .

En plus de ces éléments, mon Gouvernement aimerait pouvoir aboutir à la nécessaire transformation économique et sociale et lancer le pays sur le droit chemin de la relance au développement durable, en d'autres termes, mon pays a besoin :
. de l'annulation de la dette;
. d'un investissement dans les infrastructures énergétiques et de transport, ainsi que le service de santé et d'éducation;
. d'un investissement en matière de formation des cadres et d'expertise tant dans les secteurs publics que privés;
. d'une assistance en vue d'alléger la souffrance des zones urbaines appauvries et un soutien aux fermiers et aux agriculteurs;
. d'un investissement direct dans les secteurs productifs,, plus précisément le secteur minier.

Tout cela peut être réalisé en premier lieu par la mobilisation de nos ressources internes et complété par un partenariat avec les institutions de Bretton Woods, les autres institutions financières bilatérales et multilatérales, les pays donateurs et créditeurs, les Nations - Unies, l'Union Européenne et d'importants investisseurs privés étrangers.

Comme vous le savez, mon Gouvernement a élaboré un plan Triennal. La portée de ce Plan et de sa version à court terme, à savoir le Plan de Relance et de Stabilisation économique (ESRP), que nous avions présenté à la réunion des " amis du Congo " qui s'est tenu à Bruxelles en décembre 97, ont été bien accueillis par le FMI, la Banque Mondiale et la plupart des pays donateurs. L'attention particulière que nous avons mise sur la nécessité d'investissements dans les domaines de l'infrastructure, des mines et de l'agriculture, a reçu un soutien. Le besoin pour la formation des capacités et l'amélioration des services de santé et d'éducation a été reconnu.

A la lumière de notre engagement de poursuivre des politiques macro-économiques saines, nous sommes déçus de ce que les annonces formelles de contributions faites à la réunion de Bruxelles en décembre 97, ont atteint moins de 2% de l'ensemble de fonds requis. Nous exprimons ici notre espoir que la communauté internationale contribuera de façon plus significative au Fonds Fiduciaire.

Nous sommes les premiers à reconnaître que notre Gouvernement fait face à un manque de financement et éprouve quelques difficultés à mobiliser les finances internationales pour soutenir la balance de paiement, ainsi que l'investissement dans les infrastructures. Les investisseurs intéressés à participer à la relance de l'économie éprouvent des difficultés à persuader les institutions financières à fournir le capital à des taux d'intérêts acceptables.

Plusieurs compagnies minières, y compris un grand nombre de maisons mères très expérimentées, sont, à juste titre , intéressées à participer au développement des ressources le développement et en offrant des financements limités dans certains cas appropriés.

La combinaison de ces éléments - amélioration des perspectives d'annulation de la dette, encouragement des capitaux sous la forme d'investissement directs et de prêts pour la réhabilitation des infrastructures, et la réparation des capacités productives dans toute l'économie - viendra largement en aide au Gouvernement dans notre effort de réaliser la balance fiscale et l'équilibre de la balance des paiements, ainsi que de promouvoir de meilleures conditions politiques et de sécurité qui rejoignent des attentes plus sociales. Une stratégie économique basée sur ces principes mettront le pays sur un chemin sûr conduisant au développement durable.

Je ne suis pas naïf au point de penser que les réformes économiques et sociales , sans un changement politique conséquent, serait suffisant pour assurer le succès du Congo pouvant conduire à la renaissance de l'Afrique. Nous avons lutté pour le changement parce que notre peuple a été privé de ses droits civiques, politiques et économiques fondamentaux, et nous sommes déterminés à les protéger pour le bien de tous nos concitoyens.

Mais les droits de citoyens respectueux de la loi ne peuvent pas être sécurisées dans l'anarchie. L'ordre doit être restauré:
. les soldats et les policiers - qui, dans le passé, se ruaient sur le peuple, doivent comprendre que leur travail est d'assurer sa protection et de le traiter avec respect;
. les fonctionnaires - qui voyaient leur bon droit dans le vol et la corruption, doivent apprendre que leur travail est de servir le peuple car leurs salaires sont payés grâces aux contributions du peuple;
. les juges doivent administrer le droit sur base du principe d'équité.
Les citoyens congolais doivent recouvrer leur fierté, leur dignité et assumer leurs responsabilités sociales et exiger d'eux-mêmes et du Gouvernement un service meilleur.

L'année écoulée , notre action été focalisée dans la réalisation desdits principes. Ceux d'entre vous qui ont visité Kinshasa ou Lubumbashi, et même d'autres villes, ont pu constater combien les choses se sont améliorées. La corruption a été réduite. Les rues et les bâtiments publics ne sont plus sales, dégradés et chaotiques comme ils étaient auparavant. Nombre de trous qui remplissaient les rues de Kinshasa ont été réparés, et ce travail se poursuit.

La population prend en mains ses responsabilités, ainsi que celles de son environnement immédiat. Ceci constitue la naissance d'une nouvelle responsabilité civique, fondation de toute bonne gouvernance politique.

Cependant, nous nous retrouvons mêlés à la politique d'une région divisée et instable, où des groupes mécontents utilisent souvent les territoires des pays voisins pour attaquer leurs adversaires et comploter à travers les frontières. Le génocide au Rwanda de 1994 a laissé un héritage de peur et de haine qui nous afflige tous.

Ces derniers mois, les groupes rebelles de la région font des efforts pour déstabiliser des Gouvernements de plusieurs pays. Les trafiquants d'armes sans scrupules et les mercenaires sont naturellement attirés par cet environnement , nous confrontant ainsi à de nouveaux défis.

C'est la raison pour laquelle nous avions pensé tenir une conférence régionale sur la sécurité la semaine passée à Kinshasa, à laquelle nous avions invité les Chefs d'Etats de tous les pays potentiellement concernés dans un effort bien compris de trouver une solution acceptable à tous. Quoique les circonstances et le temps n'aient pas permis la tenue de cette Conférence, je demeure convaincu qu'une étroite coopération régionale est nécessaire menace pour notre sécurité collective. pour répondre à cette sérieuse menace pour votre sécurité collective.

Au pays, nous nous sommes engagés à introduire une gouvernance démocratique, basée sur le respect des droits de l'homme fondamentaux et le respect de la loi. Mon pays n'a pas connu de démocratie depuis plus de 30 ans. Il y a un an, lors de ma prestation de serment en qualité de Président de la République, j'ai affirmé clairement que des élections démocratiques auront lieu en 1999.

L'une de nos premières actions après avoir nommé le nouveau Gouvernement, a été la nomination d'une commission Constitutionnelle. En avril de cette année, la Commission a présenté un projet de constitution qui sera adoptée?? l'activité politique reprendra six mois avant la tenue des élections.

Nous voulons ces élections libres et équitables. Pour atteindre cet objectif, un recensement national sera nécessaire . Etant donné nos ressources limitées, nous demandons à la communauté internationale de nous offrir les moyens qui nous permettront de mener à bien cette noble et difficile tâche.

Le processus démocratique serait facilité si le Gouvernement est capable d'accélérer ses réformes économiques, de s'assurer du soutien approprié pour l'infrastructure et d'aboutir à un accord avec les investissements pour la réhabilitation et le développement des projets dans les secteurs minier, de la construction, de l'industrie et de l'agriculture. La réforme et un plus grand développement du secteur financier et une autre importante priorité.

Toute assistance financière visant la réforme du système judiciaire serait la bienvenue. Et notre progrès sur la question du respect des droits de l'homme serait remarquable si l'on donnait au Gouvernement les moyens nécessaires de le rendre plus efficace. Je suis très heureux d'avoir eu la possibilité, ce jour, de vous donner un aperçu de nos intentions et de notre évaluation des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Ce n'est pas une tâche facile de diriger une entreprise - dans notre cas, un pays immense - qui a été pillé de la plupart de ses ressources depuis plus de trois décennies; un pays qui s'écroule sous le poids de la dette sans aucun investissement fixe compensatoire; un pays dépouillé de la plupart de ses fils les plus valables.

Lorsque l'on a conscience que la population est simultanément démoralisée et pleine d'attentes souvent extravagantes, et que le pays est situé dans une région turbulente qui connaît depuis des décennies des troubles transfrontaliers, vous aurez une idée de la mesure des enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Mais nous avons accepté gracieusement ce défi, en toute connaissance de cause, et il est de notre intention de réussir à surmonter tous les obstacles. Puis - je demander à la communauté internationale de ne pas assister en spectateur de notre progrès , mais de s'engager de manière constructive aux côtés de la république Démocratique du Congo dans la réalisation de cette vision.

Je vous remercie